DECRYPTAGE

Secteur minier africain en 2025 : projets, souveraineté et après-mine.

Dans un contexte de prix record pour l’or, 2025 n’a pas été une année de rupture spectaculaire, mais de consolidation silencieuse pour le secteur minier africain. Nouvelles capacités aurifères, codifications plus souveraines, premiers usages concrets de la digitalisation et interrogations croissantes sur la fermeture des sites dessinent une carte plus structurée, mais aussi plus exigeante.

Ce panorama 2025 du secteur minier africain ne prétend évidemment pas couvrir l’ensemble des projets et des décisions qui ont marqué l’année, mais il met en évidence quelques lignes de force. En Afrique de l’Ouest, l’or demeure le moteur central, dans un environnement de prix exceptionnel. En parallèle, les États affinent leurs cadres juridiques, les opérateurs accélèrent la transition vers la mine augmentée et la question de la fermeture des sites s’impose peu à peu comme un test décisif de la qualité de la gouvernance.

Projets d’or : des dossiers qui se concrétisent

En 2025, le secteur aurifère ouest africain a évolué dans un environnement de prix exceptionnel, avec un cours de l’once d’or qui a franchi puis consolidé le seuil des 4 000 dollars au dernier trimestre (voir encadré). Dans ce contexte porteur, l’année n’a pourtant pas été celle des grandes annonces, mais plutôt celle où plusieurs projets existants ont franchi des étapes décisives.

Au Ghana, le projet Ahafo North de Newmont a officiellement basculé en production commerciale vers la fin de l’année. Ce nouvel actif complète le dispositif du groupe autour du complexe Ahafo et vient conforter le pays dans son rôle de juridiction aurifère majeure. Pour les autorités comme pour l’opérateur, l’enjeu est désormais de transformer cet investissement en ancrage durable, en termes d’emplois, de contrats locaux et de recettes fiscales.

En Guinée, la relance de Kiniero illustre une autre facette de la dynamique régionale. Ancienne mine mise en veille au milieu des années 2010, le site fait l’objet d’un redémarrage porté par Robex, avec la construction d’une nouvelle usine de traitement et un premier or visé à très court terme. Ce retour en production intervient alors que la société s’engage dans un mouvement de rapprochement avec d’autres acteurs présents dans le pays, signe d’une consolidation progressive des producteurs de taille intermédiaire.

Au Mali, la mine de Syama ne correspond pas à une nouvelle ouverture, mais à une montée en puissance industrielle. Resolute poursuit la mise en œuvre du Syama Sulphide Conversion Project, qui doit adapter l’usine aux minerais sulfurés et augmenter la capacité de traitement. Après une séquence fiscale tendue en 2024, le groupe a clarifié sa gouvernance régionale, avec un changement de direction placé sous la houlette du nouveau PDG, Christopher Eger. L’objectif est de conduire la phase finale du projet dans le cadre du nouveau Code minier, tout en assurant la continuité et la stabilité des opérations. Syama illustre ainsi un mouvement de fond où les opérateurs investissent autant dans la modernisation des actifs existants que dans l’ouverture de nouveaux gisements.

Réformes et gouvernance : la souveraineté comme fil conducteur

En 2025, les débats sur la gouvernance minière ont pris moins la forme de nouvelles grandes lois que de la mise en musique de réformes déjà engagées. Dans plusieurs pays, l’heure n’est plus seulement à attirer les investissements à tout prix, mais à stabiliser un cadre qui permette de garder davantage de valeur dans l’économie nationale, sans casser la dynamique du secteur.

Au Mali, le nouveau Code minier adopté en 2023 et la loi relative au contenu local ont commencé à se traduire en textes d’application. Les décrets publiés en 2024 précisent les obligations de rapportage, les catégories de biens et services réservés aux entreprises locales, ainsi que le rôle du Secrétariat permanent chargé de suivre le contenu local. Dans le même temps, les audits fiscaux et les règlements de différends avec certains opérateurs traduisent une volonté affirmée de sécuriser les recettes publiques issues de l’or.

Le Burkina Faso s’inscrit dans une logique proche, avec l’adoption en 2024 d’un nouveau code minier et d’une loi spécifique sur le contenu local. Là aussi, le message est clair : les institutions nationales entendent démontrer leur capacité à concevoir et à piloter elles-mêmes le cadre juridique du secteur, tout en maintenant le pays dans le cercle des juridictions attractives.

Au Ghana, autre poids lourd de l’or africain, les évolutions sont plus graduelles mais tout aussi significatives. Le renforcement des règles de Contenu local, la révision annoncée de certains paramètres du régime minier et la volonté de mieux irriguer les communautés minières s’inscrivent dans la même tendance de fond : faire en sorte que la manne aurifère se traduise plus visiblement en emplois, en contrats locaux et en infrastructures.

Pour de nombreux observateurs du continent, ces mouvements ne relèvent pas d’un simple réflexe de “nationalisme des ressources”, mais d’un tournant de souveraineté assumée. La question clé, pour les États comme pour les compagnies, sera désormais celle de la prévisibilité : la capacité à appliquer ces nouvelles règles dans la durée, de manière lisible et concertée.

Les premiers chiffres disponibles montrent d’ailleurs que ce tournant de souveraineté n’est pas uniquement théorique. Au Mali, les autorités annoncent avoir déjà recouvré plus de 760 milliards de F CFA d’arriérés auprès des sociétés minières et estiment à près de 585 milliards de F CFA par an les recettes supplémentaires attendues de l’application du Code minier de 2023 aux opérations en cours. Au Sénégal, les entreprises locales ont capté plus de 82 milliards de F CFA de parts de marché dans le secteur minier en 2024 grâce au Contenu local, tandis que le gouvernement ivoirien consacre désormais des ateliers spécifiques au déploiement de sa propre politique. Ces avancées s’accompagnent toutefois de nouveaux défis, comme la lutte contre les “entreprises fantômes” qui se réclament du Contenu local sans respecter leurs obligations sociales et fiscales.

Technologie et innovation : de la vitrine aux usages concrets

En 2025, la technologie est restée un mot-clé omniprésent dans les conférences minières africaines, mais la différence avec les années précédentes tient à autre chose. Derrière les présentations sur l’intelligence artificielle et la digitalisation, on commence à voir apparaître des usages concrets, testés sur le terrain, même si leur diffusion reste encore très inégale selon les pays et la taille des opérateurs.

Dans l’exploration, plusieurs groupes et juniors ont communiqué sur l’utilisation de modèles d’IA pour croiser données géologiques, historiques de forages et imagerie satellite, avec l’objectif de réduire les délais et les coûts de découverte. Certaines présentations lors de l’African Mining Week 2025 ont ainsi mis en avant des gains de précision dans la définition des cibles, qui permettent de concentrer les budgets de forage sur les zones les plus prometteuses.

Sur les sites en production, la montée en puissance des centres de contrôle intégrés et de la maintenance prédictive se confirme. Capteurs, supervision en temps réel et algorithmes de suivi de performance sont de plus en plus utilisés pour anticiper les défaillances des équipements lourds, optimiser la consommation d’énergie et limiter les arrêts non planifiés. Plusieurs études et retours d’expérience africains évoquent des baisses mesurables de temps d’arrêt et de coûts de maintenance lorsque ces systèmes sont correctement déployés.

La technologie s’invite aussi du côté de la conformité et de la sécurité. La télédétection, les images satellites et les drones sont désormais mobilisés pour surveiller l’extension des fosses, suivre l’occupation des sols autour des sites, repérer des activités minières illicites et documenter l’empreinte environnementale. En Afrique de l’Ouest, la combinaison de drones et d’outils d’analyse d’images alimente déjà des dispositifs de lutte contre l’orpaillage illégal, dans un contexte de prix de l’or très élevé.

Pour l’heure, cette “mine augmentée” reste encore concentrée chez quelques grands opérateurs et sur certains projets pilotes. Mais le mouvement paraît difficilement réversible. À mesure que les États digitalisent eux-mêmes leurs cadastres et leurs procédures d’octroi de titres, l’ensemble de la chaîne minière africaine se trouve peu à peu entraînée vers plus de données, plus de traçabilité et plus d’outils d’aide à la décision.

Défis : penser l’après-mine pour ne pas subir la fermeture

En 2025, une partie des débats miniers en Afrique ne porte plus seulement sur l’ouverture de nouveaux sites, mais sur ce qui se passe quand l’exploitation s’arrête. Comme nous l’avions déjà souligné dans le numéro 8 de POINT FOCUS, la fin de vie d’une mine reste un processus complexe à gérer, à la croisée de l’environnement, des finances publiques et du devenir des territoires.

Sur le plan environnemental, l’actualité récente rappelle que les passifs miniers ne relèvent pas du passé. L’effondrement en 2022 du barrage de résidus de Jagersfontein en Afrique du Sud, qui a libéré des millions de mètres cubes de boues toxiques et détruit des habitations et des terres agricoles, fait encore l’objet d’enquêtes et de procédures en 2025. En Zambie, un déversement massif d’effluents acides dans un affluent du fleuve Kafue, en février 2025, a été décrit comme ayant “tué” une rivière du jour au lendemain, perturbant l’accès à l’eau de centaines de milliers de personnes. Ces événements illustrent la frontière ténue entre exploitation en fin de vie, sites abandonnés et catastrophe industrielle.

Le Mali offre un cas instructif. Pays encore jeune dans l’histoire de l’exploitation industrielle, il a longtemps vécu avec l’idée que la fermeture restait lointaine. L’exemple de Morila, dont la fermeture programmée s’est transformée en prolongation de l’exploitation, a montré à la fois le potentiel d’une reconversion vers l’agrobusiness et la fragilité de ces scénarios lorsque les choix stratégiques évoluent. La réforme engagée en 2023 insiste désormais sur des plans de fermeture détaillés, adossés à des comptes séquestres dédiés à la remise en état et à une responsabilité civile prolongée des titulaires de titres après l’arrêt des activités.

Au-delà des aspects techniques, la question centrale reste celle de la transition socio-économique des communautés. Former les administrations à évaluer les plans de fermeture, associer les populations à la définition de l’après-mine, accompagner les travailleurs vers d’autres secteurs et financer des micro-projets ou des activités alternatives sont autant de conditions pour éviter que la fin de l’exploitation ne se traduise par un simple effondrement local. Derrière chaque fermeture annoncée, c’est donc toute une chaîne d’acteurs qui doit apprendre à préparer l’avenir pendant que la mine fonctionne encore.

Entre concrétisation de projets, montée en puissance des réformes, percée de la mine digitale et exigence croissante autour de l’après-mine, 2025 ressemble moins à un tournant spectaculaire qu’à une année charnière. C’est sur cette base que se jouera la suite.

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