L'INTERVIEW

Chris Eger, CEO de Resolute Mining : « Nous avons pris l’engagement de continuer nos investissements au Mali. »

Dans un contexte malien marqué par la révision du Code minier et l’adoption d’une loi relative au Contenu local, Resolute Mining se trouve à un carrefour stratégique. Présent au Mali à travers deux sociétés d’exploitation, SOMIFI et SOMISY, le groupe doit composer avec un État plus exigeant, des communautés en attente de retombées concrètes et une géopolitique sahélienne instable. Nommé directeur général en décembre 2024, Chris Eger, fort de vingt-cinq ans d’expérience financière et minière, livre ici sa lecture, ses engagements et sa vision pour l’avenir des opérations de Resolute Mining au Mali.

POINT FOCUS : Le Mali a adopté en 2023 un nouveau Code minier qui redéfinit l’équilibre des revenus entre l’État et les investisseurs et renforce la place de l’État dans les sociétés. Comment Resolute Mining s’inscrit-elle dans ce nouveau cadre, et comment travaillez-vous avec l’État pour bâtir un partenariat durable au Mali ?
CHRIS EGER : Le nouveau Code minier a redéfini l’équilibre entre l’État et les investisseurs et nous abordons ce nouveau cadre dans un esprit de partenariat. Nous recherchons avec l’État l’équilibre durable qui serve à la fois les intérêts du Mali et la viabilité de nos opérations. Notre approche est de dialoguer, de respecter les règles en vigueur et de bâtir une relation stable qui permette à SYAMA de continuer à apporter des contributions au pays sur le long terme. Je dois dire que le nouveau Code a été difficilement accueilli par les investisseurs internationaux et cela explique la réduction de la production de l’or entre 2024 et 2025. C’est dû à un temps d’adaptation pour les investisseurs qui voulaient comprendre comment est-ce que le nouveau Code allait marcher. À Resolute, nous avons fait beaucoup d’efforts pour rassurer ces investisseurs sur le niveau de production qui reviendra à la normale et pourrait même augmenter, et sur l’importance pour SYAMA de suivre ce nouveau Code. Il est aussi important que nous continuions à dialoguer pour saisir toutes les subtilités de la mise en œuvre du Code afin de maintenir le Mali dans l’estime des investisseurs et accroître ainsi les revenus issus de l’exploitation de l’or.

P.F. : Est-ce que, dans ce contexte, on peut dire que la confiance entre Resolute Mining – et plus globalement les investisseurs internationaux – et l’État malien est désormais rétablie, ou reste-t-elle encore à reconstruire ?
C.E. : Je peux dire que nous sommes à 80 % dans la bonne direction. Nous avons fait beaucoup d’efforts pour échanger sur ce qui marche et ce qui ne marche pas. Il nous reste encore, je pense, deux ou trois choses sur lesquelles nous devrons nous entendre. Mais globalement, nous allons dans la bonne direction.

P.F. : C’est dire qu’aujourd’hui, malgré ce nouvel environnement, Resolute poursuit ses investissements et ses projets au Mali ? Quelles sont alors les perspectives à court terme de votre compagnie dans le pays ?
C.E. : Nous avons pris l’engagement de continuer nos investissements au Mali et c’est ce que nous essayons de faire avec un investissement important récent de presque cent millions de dollars (environ 57 milliards de F CFA) pour moderniser notre usine. Historiquement, le site de SYAMA fait entre 200 et 220 mille onces par an. L’année dernière, nous avons fait 177 mille onces et, cette année, nous ferons moins de 200 mille onces. Il n’est simplement pas question pour nous de continuer à voir baisser notre production. Donc, il nous faut continuer les efforts pour améliorer les capacités de l’usine et ceci demande des apports en capitaux importants dans le futur. Nous avons des réserves importantes et il nous faut maintenir le dialogue avec les employés et l’État pour faire du profit, contrairement à ces dernières années, où la société a perdu énormément d’argent. Malgré tous les problèmes que le Mali a connus, Resolute Mining maintient ses engagements et nous ferons tout notre possible pour rester et trouver les ressorts pour revenir à notre meilleur niveau de production. Le Mali est un de nos meilleurs actifs.

P.F. : Resolute Mining s’est fixée l’ambition d’atteindre 500 000 onces d’or par an d’ici 2028. Pensez-vous qu’en prenant en compte les difficultés auxquelles vous avez fait allusion et vos projections les plus optimistes, votre groupe réussira à atteindre cet objectif à l’horizon 2028 ?
C.E. : Je l’espère ! Nous avons l’infrastructure et, comme je l’ai dit, les réserves sont importantes. Nous devons peut-être changer notre façon de travailler pour atteindre nos objectifs. Sur un autre plan, il nous faut comprendre encore mieux les évolutions du marché international, qui a un peu perdu la confiance en la destination Mali. Mais, avec nos projections et les moyens que nous injectons, nous pensons pouvoir inverser la tendance et regagner cette confiance. Cependant, ce n’est pas l’apanage de Resolute Mining seule. C’est un travail d’ensemble avec les autorités nationales et régionales, les communautés, les travailleurs de la mine et même les actionnaires.

P.F. : Vous soulignez le besoin de travailler avec tout le monde dans un contexte où le Mali a adopté une loi relative au Contenu local. Comment Resolute accueille-t-elle cette loi, et comment se traduit concrètement votre engagement en faveur de l’emploi local, des fournisseurs maliens et de la montée en responsabilité des cadres nationaux ?
C.E. : Nous accueillons favorablement cette loi car elle rejoint notre propre ambition et nos propres engagements de voir se développer les communautés riveraines de la mine. Concrètement, cela se traduit par les emplois locaux, par exemple. Nous avons plus de trois mille cent employés, dont seulement cinquante ne sont pas des nationaux. Et cette tendance à la réduction des emplois expatriés date déjà de deux ans. Nos actions et nos réalisations montrent à souhait notre volonté de mettre en œuvre les dispositions sur le Contenu local car cette loi n’est pas une contrainte pour nous, mais bien un levier pour mieux intégrer davantage notre compagnie dans l’économie nationale et locale et avoir, surtout, une présence durable.

P.F. : Vous avez indiqué, dans une récente interview, qu’une partie du financement de vos opérations s’appuie sur le système bancaire malien. Comment Resolute Mining juge-t-elle la capacité de l’écosystème bancaire national à accompagner de grands groupes miniers, et voyez-vous là un partenariat appelé à se renforcer ?
C.E. : Nous travaillons aujourd’hui avec trois banques locales et je veux dire que ça marche très bien. Leurs capacités se hissent au niveau des besoins des mines pour ce qui concerne un certain nombre d’activités menées localement. Ces banques connaissent aussi bien le marché malien que l’international. C’est pour moi la première source de financement. Mais il faut avouer que le niveau des investissements peut rapidement devenir colossal dans les projets miniers. Si nous avons un besoin de 500 millions de dollars (environ 284 milliards de F CFA), les banques locales pourront aider à lever une partie de ce fonds, mais nous devrons avoir recours à des relais internationaux. Nous aurons également besoin des marchés financiers pour faire face à nos différents besoins en financement. Mais encore une fois, la collaboration avec les banques maliennes se passe bien.

P.F. : Sur un tout autre plan, depuis 2019, Resolute Mining, notamment sur la mine de SYAMA, développe un projet de centrale solaire hybride destiné à réduire les coûts énergétiques de production. Où en est ce projet aujourd’hui, et le solaire est-il devenu une réalité industrielle pour votre groupe au Mali ?
C.E. : C’est notre ambition depuis une dizaine d’années de faire passer notre site minier à 100 % au solaire. Nous avons exploré le sujet en long et en large et la difficulté majeure que nous avons, c’est qu’aucune société à l’échelle nationale n’est en capacité de mener à bien un vaste projet d’installation solaire répondant aux exigences de la mine. Et une autre difficulté est que, pour des raisons de sécurité, les entreprises internationales ont du mal à venir au Mali sur un projet de ce genre. Mais, en tous les cas, nous regardons ce qui se fait ailleurs et nous gardons cet objectif à portée de main.

P.F. : Si nous nous projetons dans un avenir lointain et regardons votre mandat chez Resolute Mining avec le recul, quel héritage personnel souhaitez-vous laisser au Mali ? Autrement dit, qu’est-ce qui aura défini une présence réussie pour vous dans ce pays sahélien qui se porte de plus en plus vers la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) ? Peut-on imaginer demain Resolute Mining porter des projets au niveau de l’AES, justement ?
C.E. : Mon ambition pour SYAMA et le Mali ne se détermine pas en nombre d’onces d’or produites, mais bien en termes de développement local et d’impact sur l’économie nationale. Je travaille à avoir un équilibre entre les intérêts de l’État, des communautés et ceux des investisseurs dans un esprit de partenariat équilibré, donc. Dans l’immédiat, je travaille à ramener notre production à un niveau acceptable et, plus loin, j’ambitionne de voir les sites de notre complexe minier gérés uniquement par des Maliens.

Propos recueillis par : Baba Sakho

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