L’ÉVÉNEMENT

Une deuxième grande mine de lithium pour le Mali.

La région s’est mobilisée à la hauteur de l’événement, réunissant autorités locales, communautés et acteurs du secteur pour l’inauguration officielle de la nouvelle mine de lithium de Bougouni. Présidée par le Chef de l’État, le Général d’Armée Assimi Goïta, la cérémonie a été présentée comme “un signal fort aux marchés internationaux, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux opérateurs industriels”, en raison de son rôle dans la stratégie nationale de diversification minière.

Dans ce contexte, Les Mines de Lithium de Bougouni (LMLB SA) avaient déployé un dispositif organisationnel ambitieux, visant à offrir une présentation complète du projet — de ses composantes techniques à ses retombées économiques et communautaires — afin de marquer l’importance stratégique de cette nouvelle étape pour la filière lithium au Mali.

La région de Bougouni, figure de proue de l’exploitation du lithium

Le découpage administratif, débuté en 2012 et finalisé en juillet 2022, a vu Bougouni érigée en région. Cette zone est connue des acteurs miniers pour avoir accueilli l’emblématique mine d’or de Morila et une des plus anciennes mines en exploitation du Mali, la mine d’or de Kalana. Mais depuis quelques années, la région s’est transformée, au gré des travaux d’exploration de lithium, pour devenir un pôle mondial de cette substance minérale.

Forte de ses 36 670 km² de superficie, la région de Bougouni offre au Mali un potentiel aurifère et lithinifère important en raison de la richesse de son sous-sol en pegmatites. Les réserves annoncées des deux mines actuellement en activité, estimées à 130 millions de tonnes de minerai contenant du lithium, permettent de mesurer l’ampleur des perspectives ouvertes dans cette zone. Plusieurs autres projets sont d’ailleurs annoncés : les permis d’African Lithium Mining, de Xantus ou encore de Moketi laissent entrevoir de nouvelles étapes de développement.

L’inauguration a suscité une forte mobilisation locale. Les habitants de Bougouni se sont rassemblés en nombre pour accueillir la délégation officielle, marquant l’importance accordée à l’ouverture de cette nouvelle phase d’exploitation. L’arrivée du Président de la Transition a lancé la cérémonie, qui s’est déroulée dans une atmosphère attentive et résolument tournée vers les perspectives économiques du projet.

Le lithium, le tournant stratégique

“Le projet lithium de la société Les Mines de Lithium de Bougouni […] renforce le positionnement stratégique de notre pays dans le cercle fermé des pays producteurs de lithium, qui est indéniablement une substance stratégique pour le monde engagé sur la voie de la transformation écologique”. C’est en ces termes que le Ministre des Mines, Pr. Amadou Keïta, a posé le cadre de la cérémonie d’inauguration avant de mentionner les ambitions maliennes en matière de diversification de l’exploitation minière et de transformation locale du lithium.

Le virage que prend le Mali s’explique sans doute par un contexte mondial qui voit la demande du tout électrique (voiture, stockage électrique, électrification rurale, etc.) en constante évolution. Le Ministre des Mines ne tarde pas à se projeter : “Notre pays entend tirer le maximum de profit de cette matière en continuant sa politique de diversification et d’ouverture à des partenariats structurants”. Il annonce dans la foulée d’autres projets d’exploration qui devront conduire à “mettre le Mali sur la carte des fournisseurs mondiaux de lithium”.

Il convient de rappeler que Lithium du Mali S.A, qui opère la mine de Goulamina depuis un peu moins de deux ans, représente un investissement d’environ 545 millions de dollars, soit 305 milliards de francs CFA. Le gisement de Goulamina est le cinquième plus grand gisement de lithium au monde et sera la quatrième unité mondiale de production de spodumène, et la plus importante en Afrique en termes de capacité de production. S’agissant du projet de Bougouni, porté par Les Mines de Lithium de Bougouni SA (LMLB SA), il représente une initiative stratégique visant à positionner durablement le Mali parmi les acteurs majeurs du marché mondial du lithium.

Kodal Minerals UK, actionnaire majoritaire de LMLB SA, estime la durée de vie de la mine à 11 ans pour une exploitation avoisinant les 19,8 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 1,07 % en oxyde de lithium (Li2O). Grâce à une récupération métallurgique de 65,8 %, la production totale est estimée à 2,44 millions de tonnes de concentré de spodumène.

Les projections financières du projet s’annoncent optimistes, avec des coûts d’exploitation totaux évalués à 1,41 milliard de dollars américains, soit un coût moyen de 576 USD par tonne de concentré produit. Sur la base de cette projection, LMLB SA espère générer des revenus cumulés de 2,25 milliards USD pour un résultat avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement de 821,5 millions USD et un résultat net après impôts de 374,8 millions USD. Selon, toujours, les estimations de la mine, la part de l’État malien dans les flux financiers du projet est estimée à 254,9 millions USD, comprenant 67,5 millions USD de redevances et 187,4 millions USD d’impôts sur les sociétés.

Le Président du Conseil d’Administration de Kodal Mining UK Limited, Teng Lei, a salué la synergie entre expertise internationale, vision nationale et engagement communautaire, unissant ainsi le Mali, la Chine et le Royaume-Uni autour d’un objectif commun. Il a tenu lors de son discours à réaffirmer la volonté de son Groupe “de contribuer activement à la croissance économique du Mali et de favoriser l’émergence d’une industrie du lithium compétitive et durable, au bénéfice du continent africain et du monde entier”. C’est dans cet esprit que Teng Lei présente le projet de LMLB comme le “symbole d’une exploitation moderne, responsable et durable des ressources naturelles, tout en constituant un levier essentiel pour la création d’emplois, le renforcement des compétences locales et le développement des infrastructures régionales”.

Rayonnement géoéconomique et transformation locale

Le Président de la Transition, pour sa part, est revenu dans un premier temps sur la consolidation de la position du Mali dans la chaîne mondiale des métaux critiques, essentiels à la transition énergétique, avant de rappeler la vision nationale qui est de transformer l’exploitation de ce minerai en vecteur de rayonnement géoéconomique pour le Mali.

Qu’il s’agisse du Gouverneur de la région ou des autorités coutumières présentes, un des enjeux de cette nouvelle mine est la concrétisation des promesses de contenu local. La mine annonce 500 emplois directs et indirects durant la Phase 1, un chiffre pouvant atteindre 800 emplois à pleine capacité. Elle annonce, en outre, plus de 317 millions investis dans des projets de développement communautaire, comme la construction et la réhabilitation d’infrastructures routières, le soutien aux écoles, l’appui aux activités agricoles et sanitaires, etc.

À ces actions s’ajoutent 446 millions FCFA de compensations foncières et un engagement annuel de 72,5 millions FCFA dédié au Plan de Développement Communautaire (PDC). Des comités communautaires ont été mis en place pour assurer la transparence du recrutement, le suivi environnemental et la bonne gouvernance locale du projet.

Pour répondre aux objectifs définis par l’État au secteur minier, le Ministre des Mines a tenu à lancer un message clair “aux derniers sceptiques” quant à la volonté du Gouvernement de Transition “de mettre un terme au désordre qui a longtemps régné dans le secteur minier. L’exploitation minière ne peut s’accommoder d’acteurs non outillés, ni financièrement ni techniquement, agissant comme des spéculateurs fonciers et se mettant, de facto, à l’écart des règles de l’art de ladite exploitation et ne payant aucun dû à l’État du Mali”.

Cette mise en garde est sans doute en lien avec l’annulation de 121 titres miniers, intervenue quelques jours avant l’inauguration de la mine de Bougouni. Une décision très commentée dans l’actualité, sans pour autant éclipser l’éclat de la cérémonie d’inauguration officielle. Il est toutefois à noter que la crise du carburant et la menace terroriste dans la région n’ont pas facilité la participation de plusieurs acteurs du secteur ni d’un représentant de l’Ambassade de Chine. À la différence de Goulamina, aucun représentant chinois n’a donc été invité à s’exprimer !

Afficher plus

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page