L’ÉVÉNEMENT

Indaba 2026 : l’appel à l’union.

C’est sous le thème “Plus forts ensemble : le progrès grâce aux partenariats” que se sont déroulés les échanges d’un événement devenu, au fil du temps, incontournable sur la scène continentale et internationale. Le Forum “Investing in African Mining Indaba” s’est donc, une nouvelle fois, paré de ses plus beaux atours pour accueillir l’Afrique minière et le monde autour d’une industrie devenue, par la force des choses, centrale dans les économies des pays africains.

L’événement revendique sur son site internet un record d’affluence et “la plus forte fréquentation de ses 32 ans d’histoire”. La barre des 15 000 participants (délégués, dirigeants de sociétés minières et investisseurs) est largement atteinte, reflétant le poids du forum dans la configuration globale des industries extractives en Afrique. Venant de tous les horizons, tant géographiques que professionnels, les acteurs du secteur et ceux des secteurs connexes ont fait de Cape Town la capitale africaine du dialogue autour des mines.

Le forum “Investing in African Mining Indaba”, ou simplement Indaba pour les habitués, est un espace destiné à promouvoir l’investissement durable, à renforcer la collaboration et à positionner l’exploitation minière africaine comme un moteur de la croissance économique et de la prospérité à long terme.

● Du temps des discours à celui des actes.

Cette orientation apparaît dès les premières interventions de l’événement avec le ministre sud-africain des Ressources minérales, Gwede Mantashe, le ministre des Mines de la République démocratique du Congo, Louis Watum Kabamba, et surtout le président zambien, Hakainde Hichilema. À Cape Town, ce dernier s’est fendu d’un discours-programme sur ce que devrait être l’exploitation minière en Afrique, mais aussi sur ce que son pays défend comme vision du partenariat autour de cette industrie.

Les discours prononcés ont une saveur de mi-figue, mi-raisin, tant certaines postures semblaient aller à rebours de la logique affichée. L’Afrique, à Indaba, se veut souveraine sur ses richesses, revendiquant une autonomie et une indépendance sur l’ensemble de la chaîne de valeur minière. Mais cette même Afrique affirme, dans le même temps, son ouverture au partenariat stratégique, vantant les mérites d’un modèle longtemps décrié par les populations. En effet, qu’il s’agisse du ministre sud-africain, du président zambien ou encore du secrétaire général du ministère des Mines du Mali, les postures ont été celles de pays forts qui veulent une maîtrise totale sur toute la chaîne de l’exploitation minière. Ces pays ont mis en avant des réformes majeures pour rééquilibrer le partenariat établi avec les investisseurs internationaux. Et c’est là que le bât blesse. Une Afrique souveraine sans réelle capacité de financer le développement de son industrie minière n’est-elle pas une chimère ?

● Mais l’union peut attendre…

Les sessions thématiques d’Indaba 2026 ont longuement débattu de projets communs en Afrique pour une meilleure valorisation des ressources sur le continent. Les vœux pieux d’une Afrique réunie autour d’un objectif commun ont été réitérés, mais très vite, l’on se rend compte qu’à ce forum, c’est d’abord une guerre de positionnement dans un grand marché aux investisseurs. Les délégués de chaque pays, y compris au niveau de la toute récente confédération de l’AES, s’écharpent d’abord à vendre le potentiel minier de leur pays. L’union peut encore attendre.

Et cette logique de positionnement concurrentiel s’est aussi lue dans la hiérarchie des minerais mis en avant par les différentes délégations. Le cuivre était le minerai vedette, devançant de peu le lithium. La Zambie, qui ambitionne de produire trois millions de tonnes de cuivre par an, a vite mis en avant les recettes miracles qu’elle propose aux investisseurs autour de ce minerai présenté comme la colonne vertébrale de l’électrification et de la transition énergétique mondiale.

Du côté malien, l’accent a notamment été mis sur la prouesse récente que constitue la mise en service de deux mines de lithium. “Aujourd’hui, le Mali prend un nouveau cap, celui de la diversification avec la production du lithium”, a déclaré le secrétaire général du ministère des Mines, Soussourou Dembélé. Portées par la promesse d’une production combinée qui permettra au pays de se positionner comme le premier exportateur de concentré de spodumène en Afrique et le cinquième dans le monde, les autorités ont invité les investisseurs à faire confiance à la nouvelle réglementation en vigueur depuis 2023.

● Le Mali is back ?

L’édition 2026 avait une saveur assez particulière du côté du Mali. La forte mobilisation des acteurs du secteur privé, certains estimant à plus de 200 le nombre de délégués, ainsi que celle des entités étatiques, avait un air de revanche après deux années d’absence de ce pays pourtant régulier à ce forum depuis 1994.

Le quotidien national L’Essor a titré, après l’événement, “Le Mali se vend à Indaba”, formule pour le moins ambiguë, auront noté certains esprits chagrins. Dans les faits, la seule présence de la partie gouvernementale ne suffit pas à vendre la destination au regard de la concurrence rude qu’exercent les pays voisins du Mali, qui, de plus en plus, se positionnent comme de véritables acteurs du secteur minier. Dans le domaine aurifère, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso chassent clairement sur les mêmes terres que le Mali. La Côte d’Ivoire a d’ailleurs mis les petits plats dans les grands pour promouvoir son potentiel aurifère, précisant qu’elle dispose de 35 % des roches birimiennes de l’Afrique de l’Ouest.

Les autorités ivoiriennes ont, à ce titre, mis en avant les réformes engagées pour attirer les investissements, avec plus de 2 000 milliards de F CFA investis sur dix ans et une vingtaine de mines en production. La Guinée, de son côté, forte du succès de son gigantesque projet Simandou, a fait de la plateforme Indaba un prolongement de sa longue campagne de communication autour de cette mine de fer.

Pour les professionnels maliens du secteur, Indaba demeure le forum par excellence où les savoir-faire se mesurent à ceux des majors et où des retombées directes sont perceptibles. Il n’en est pas moins vrai qu’aucune statistique officielle ne permet, à ce jour, de quantifier ou encore d’apprécier la plus-value de cette participation malienne à Indaba.

Et au terme de cette grand-messe des ressources africaines, une évidence demeure : sans maîtrise effective des leviers économiques, la souveraineté minière demeure un horizon à conquérir plus qu’une réalité acquise.

Par Baba Sacko

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