
Exploration minière : quand la technologie renouvelle la lecture géologique du sous sol africain.
Déjà en 2024, lorsqu’il s’était agi d’interviewer le docteur Omar Maïga, POINT FOCUS avait choisi l’angle de la démocratisation d’une ressource qui semblait lointaine pour le commun des mortels, bien qu’elle soit présentée comme indispensable aux transitions énergétique et écologique : l’hydrogène. Deux ans plus tard, votre revue retrouve le docteur Maïga, expert en caractérisation géologique et géophysique 3D des réservoirs naturels d’hydrogène, pour faire le point, cette fois, sur les avancées technologiques appliquées à l’exploration géologique.
Toujours animé par le même enthousiasme et un optimisme rare, le docteur Maïga, à la tête de HNAT Consult & Engineering, nous a accordé cet entretien pour évoquer le secteur minier africain, avec un regard particulier sur celui du Sahel, aujourd’hui en pleine mutation. Cette évolution tient autant aux réformes législatives qu’aux nouvelles approches dans la recherche et l’exploitation des ressources minérales. Le continent africain voit ainsi émerger des méthodes plus avancées, susceptibles de lui assurer une meilleure reprise en main de son industrie minière. Une transformation portée, notamment, par des entreprises locales décidées à redéfinir les paradigmes du secteur.
● HNAT : un virage stratégique.
Première et unique société africaine de services à avoir fait de l’hydrogène naturel le cœur de son métier, HNAT Consult s’est forgé une expérience reconnue sur le continent et au delà en conduisant des projets majeurs autour de l’hydrogène, mais aussi de l’hélium. Ces deux substances, perçues comme un tremplin vers une Afrique économiquement plus forte et engagée dans sa transition écologique, se trouvent aujourd’hui au cœur des enjeux d’indépendance énergétique. Pourtant, tout en restant engagée dans la promotion de ces ressources, HNAT Consult a fait le choix d’opérer un virage stratégique important, avec la création de HNAT Engineering. “HNAT ne se concentre plus uniquement sur les services et l’ingénierie liés aux gaz, notamment l’hydrogène et l’hélium, mais également sur le secteur minier, avec des méthodes et des outils d’exploration de dernière génération, adaptés à l’exploration à grande échelle, nationale comme au niveau des permis.” À la suite de cette déclaration, le docteur Maïga explique que cette réorientation répond à une demande croissante et à un besoin réel d’innovation dans la recherche des ressources du sous-sol. Il positionne désormais sa société “à la fois comme un opérateur et un facilitateur technologique”, capable de concevoir et de déployer ses propres flux de travail et outils d’exploration.
● La technologie : clé de la souveraineté minière ?
Lorsqu’on considère les défis de l’exploitation minière en Afrique, et particulièrement au Mali et dans les pays du Sahel, reviennent avec insistance la faiblesse des budgets alloués à la recherche géologique, le niveau du capital humain et l’accès limité aux financements structurants. Sans maîtrise de l’exploration géophysique, décrite comme “vitale et [comme] la condition sine qua non pour la découverte de nouvelles ressources” par le docteur Maïga, les États africains ne pourront pas disposer d’une évaluation réelle de leur potentiel.
Traditionnellement, la plupart des levés géophysiques sont réalisés par avion. Or, ces campagnes aéroportées sont extrêmement coûteuses, nécessitent une logistique lourde et dépendent presque entièrement d’opérateurs internationaux ainsi que d’une expertise étrangère. Il en résulte souvent une couverture limitée des territoires, un contenu local peu développé, un renforcement insuffisant des capacités, et, dans de nombreux cas, une souveraineté réduite sur les données elles-mêmes. C’est précisément sur ce point que HNAT Engineering entend apporter une solution de rupture.
L’entreprise, à travers son pôle Engineering, propose aux États africains des services de télédétection assistée par intelligence artificielle, en complément des drones d’exploration géophysiques. Cette approche, “première du genre, offre des outils d’exploration sécurisés, rapides et rentables localement pour nos pays”. Selon le docteur Maïga, au lieu de dépendre exclusivement de ces grands levés aéroportés, coûteux et complexes à mobiliser, les technologies de télédétection permettent d’acquérir localement des données cartographiques et structurelles à très haute résolution, de manière beaucoup plus flexible et abordable. Elles ouvrent ainsi la voie à de nouvelles découvertes et à une couverture plus complète des territoires. Parmi les principaux bénéfices de ces nouvelles approches figurent des coûts d’exploration plus accessibles, une meilleure prise en compte des contraintes de sécurité pour les équipes sur le terrain et, enfin, des délais de livraison considérablement réduits. “Au lieu d’attendre plusieurs mois pour que les campagnes aéroportées soient organisées et traitées à l’étranger, nous pouvons livrer des cartes exploitables et des cibles classées en quelques jours ou semaines”, souligne l’expert. Comme pour clore le débat, le docteur Maïga insiste : “C’est particulièrement important dans les contextes africains et frontaliers, où les budgets sont limités, les territoires sont vastes et les décideurs ont besoin de réponses rapides et fiables, sans externaliser systématiquement les connaissances et les données.”
● À quand le Sahel ?
Si l’on en croit le Dr Maïga, les technologies proposées par sa société ont l’avantage de fournir aux décideurs des pays du Sahel, sans s’y limiter, de véritables outils stratégiques au service de leur secteur minier. En effet, “au lieu de données brutes détenues et traitées ailleurs, les décideurs reçoivent des priorités claires, des incertitudes et les prochaines étapes, avec une visibilité et une propriété complètes”.
En d’autres termes, ce type d’approche lève significativement la barrière d’entrée. Les gouvernements comme les jeunes entreprises peuvent ainsi explorer de manière plus intelligente, sans budgets massifs ni dépendance systématique vis-à-vis des opérateurs étrangers. Cela renforce également les capacités locales, l’expertise nationale et la souveraineté sur les données. Dans le même temps, cela accélère les cycles de découverte et rend économiquement plus réaliste l’exploration de ressources émergentes, notamment les minéraux critiques encore peu pris en compte.
● Un contenu local réel, structuré et compétent.
Le Sahel se doit donc de saisir l’opportunité offerte par cette révolution technique et technologique. Pour HNAT Engineering, ces solutions portées par des acteurs nationaux constituent également une traduction concrète des réglementations sur le contenu local. Avec conviction, le docteur Maïga poursuit : “Ce que nous construisons est un contenu local réel, structuré et compétent, en plus d’un nouveau paradigme d’exploration : plus léger, plus rapide, plus sûr, plus souverain et plus inclusif dans nos pays.”
Pour le Sahel, et dans le contexte de la transformation annoncée de l’Autorité de Développement intégré de la Région du Liptako-Gourma (ALG), il devient urgent d’inscrire les projets communs dans ce nouveau paradigme, dont la souplesse technologique constitue le cœur de la démarche.
Par Baba Sacko
Un chercheur issu de la recherche mini

Aujourd’hui appelé à Harvard SEAS pour contribuer aux recherches mondiales sur l’hydrogène naturel, son cœur de métier, le Dr Omar Maïga a auparavant largement travaillé dans le domaine de la recherche minière. Il a notamment développé des méthodes de cartographie fondées sur l’étude de la rugosité des terrains, une approche utilisée pour cartographier de larges étendues et des zones non accessibles, comme la planète Mars. Ses travaux ont permis de réaliser la toute première carte de rugosité à grande échelle de l’ensemble du Mali.
*(Illustration : Carte de rugosité multi-échelles en composite RVB de la zone englobant le Mali – Sources des données : Yamazaki et al., 2017)*



