LE DOSSIER

Burkina Faso : Houndé, quand le fonds minier finance des infrastructures visibles.

Le Burkina Faso offre un point de comparaison utile au Mali. Institué par le Code minier de 2015, le Fonds minier de développement local (FMDL) visait à redistribuer une partie de la richesse extractive au profit des communes et des régions. Le dispositif a été réaménagé par le Code minier adopté en juillet 2024 et porte désormais le nom de Fonds minier de développement (FMD). Son financement repose toujours sur une contribution des sociétés minières équivalant à 1 % de leur chiffre d’affaires mensuel hors taxes ou de la valeur des produits extraits, à laquelle s’ajoutent 20 % des redevances proportionnelles collectées par l’État.

Depuis le décret d’application de mai 2025, les ressources du FMD burkinabé sont réparties entre les projets de développement endogène et les plans communaux de développement, d’une part, et le Fonds de soutien patriotique, d’autre part. Le principal intérêt de ce modèle tient à son caractère obligatoire. Il ne relève ni d’une action RSE laissée à la discrétion d’une entreprise ni d’une réponse ponctuelle à une tension locale. Encadré par la loi et suivi par les pouvoirs publics, il organise la redistribution d’une partie des revenus miniers. Le développement communautaire n’est donc plus seulement affaire de promesses : il dispose d’un mécanisme de financement dédié.

La commune de Houndé illustre concrètement les effets de la première version du dispositif. Située dans l’actuelle région du Guiriko, anciennement appelée Hauts-Bassins, elle accueillait deux sociétés d’exploitation minière, Houndé Gold Operation S.A. et Bouéré Dohoun Gold Operation S.A., ainsi que trois sociétés d’exploration, toutes filiales du groupe Endeavour Mining. Selon un reportage du quotidien Sidwaya publié en avril 2022, la municipalité avait reçu, depuis l’opérationnalisation du Fonds minier, plus de 4,5 milliards de F CFA destinés à financer des investissements locaux.

Une redistribution concrète, mais des fragilités persistantes.

Les réalisations recensées donnent la mesure de ce que peut produire un tel mécanisme. Dans l’éducation primaire, les opérations financées comprenaient la construction de cinq écoles de trois classes, de douze salles destinées à compléter quatre écoles et de deux écoles franco-arabes de trois classes. À cela s’ajoutent l’achat de mobilier scolaire, la réhabilitation d’établissements, la construction de murs de clôture et de latrines, ainsi que l’achèvement de travaux dans des centres préscolaires. Le montant annoncé dépasse 401 millions de F CFA. Au post-primaire, environ 68 millions de F CFA ont été affectés à deux collèges d’enseignement général de quatre classes, à Dankari et à Siéni, ainsi qu’au bloc administratif du lycée municipal de Houndé.

Les secteurs de la santé et de l’eau potable ont également bénéficié d’investissements importants. Plus de 285,2 millions de F CFA ont financé l’acquisition d’équipements sanitaires et la construction de trois centres de santé et de promotion sociale, au secteur 3 de Houndé, à Dankari et à Laho. Dans le secteur de l’eau, dix-neuf postes d’eau autonomes équipés de panneaux solaires, de châteaux d’eau et de bornes-fontaines ont été réalisés : six dans la ville de Houndé et treize dans les villages environnants, pour plus de 212 millions de F CFA. Le Fonds a aussi soutenu le secteur marchand avec la construction d’une cinquantaine de boutiques de rue.

L’existence de ressources ne garantit pas, à elle seule, le développement.

Le financement s’est poursuivi. Selon le bilan 2025 d’Endeavour Mining, relayé par Sidwaya en mars 2026, les mines de Houndé et de Mana ont versé ensemble 210 milliards de F CFA aux recettes publiques et 12,7 milliards de F CFA au titre des fonds miniers de développement. À Houndé, l’entreprise mentionne également 3 000 élèves sensibilisés à la santé sexuelle et reproductive, la création de 17 clubs santé dans les établissements partenaires et la construction d’une caserne moderne pour l’escadron de gendarmerie mobile. Ces chiffres, communiqués par le groupe, ne permettent toutefois pas d’isoler la part de Houndé dans les versements aux fonds miniers.

Houndé rappelle néanmoins que l’existence de ressources ne garantit pas, à elle seule, le développement. En 2022, plusieurs projets demeuraient en attente, certains centres de santé n’étaient pas encore achevés et des difficultés de fonctionnement affectaient certaines infrastructures. Au-delà de ce cas, l’audit de la Cour des comptes du Burkina Faso a souligné que l’efficacité du dispositif dépend de la sélection pertinente des projets, de la mise à disposition effective des ressources, du suivi des investissements et de la capacité des collectivités bénéficiaires à rendre compte de leur utilisation.

Le cas burkinabè livre donc un enseignement utile : un fonds minier peut produire des réalisations visibles et mesurables, mais son impact réel dépend de la capacité des collectivités à planifier, exécuter et entretenir les investissements, puis à rendre compte de l’utilisation des ressources mobilisées au nom des communautés.

Par Toumani Zerbo

Sources officielles : Cour des comptes du Burkina Faso, Rapport définitif d’audit de performance de l’utilisation des ressources du Fonds minier de développement local dans les collectivités territoriales, exercices 2017 à 2021, juillet 2023 ; Burkina Faso, loi n° 036-2015/CNT du 26 juin 2015 portant Code minier ; loi n° 016-2024/ALT du 18 juillet 2024 portant Code minier ; décret n° 2025-0582/PRES/PM/MEMC/MEF/MATM/MEEA du 12 mai 2025 portant modalités de perception, de répartition, de gestion et de contrôle de l’utilisation des Fonds miniers.

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